[spip-dev] Du sens sur un projet.

(suite)

Le 02/08/2012 12:01, JLuc avait écrit :

La "philosophie de spip" connaît certaines zones de cécité,
probablement en relation avec le fait que ses plus actifs acteurs
sont aussi des développeurs.
Que cette zone publique spip-dev soit investie par ces débats,
et par les échanges techniques également (qui actuellement n'y sont pas),
pourrait faire évoluer cela, à condition que cela soit durable.

et Le 02/08/2012 12:09, Matthieu Marcillaud avait répondu :

Excuses moi jluc, peux tu développer ou reformuler ? Je n'ai pas compris je crois ce que tu veux dire dans ta réponse là.

OK je développe.

SPIP est au service du web (et porté par un idéal) indépendant,
non marchand, alternatif, associatif, solidaire, non sexiste ;
mais concrètement SPIP au quotidien est fabriqué par des informaticiens
(et parfois informaticiennes) de tous poils (developpeurs surtout,
mais aussi intégrateurs, quelques infographistes ...)

Ce ne serait pas une contradiction si l'orientation et les choix stratégiques
étaient menés par une assemblée totalement mixte : informaticiens
et non informaticiens, c'est à dire si les gens pour qui SPIP se fait
participaient à son élaboration.
Or il me semble que c'est assez loin d'être le cas :
à l'origine de SPIP il y avait énormément de jus alternatif, oui,
et le mouvement actuel bénéficie encore de cette impulsation initiale ;
mais maintenant le développement du core (et des plugins aussi, majoritairement)
se fait par des développeurs professionnels,
et assez souvent dans le cadre d'un travail plus vaste financé par des clients.
Ce n'est pas criticable mais ce financement par le marché
me semble tout de même limiter les possibilités pour la dynamique indépendante :
il les cadre au moins un peu "dans le marché".
Donc même si SPIP n'est pas Drupal, les développeurs ont leurs enjeux économiques,
leurs priorités, leur manière de voir le monde et leurs plaisirs.
ça cadre au moins un peu "dans la culture développeur".
Or, si c'est ce qu'on fait d'un outil qui compte,
les outils induisent aussi, dans une certaine mesure, un cadre de fonctionnement
et des possibilités, des usages.

Si les indépendants et alternatifs non marchands
avaient le même pouvoir de créer du code de qualité,
je suis assez certain que le code et les fonctionnements résultants seraient différents.
Evidemment, ils n'ont pas cette compétence.

Sauf à considérer les informaticiens comme des être supérieurement éclairés
(Boudha 2.0) ce n'est que de l'alliance entre les 2, et d'une coopération rapprochée,
que peut SPIP peut le mieux remplir ce pour quoi il est conçu.

Or cette assemblée n'existe pas.
Chaque développeur fréquente qui son AMAP qui ATTAC qui son syndicat ou autre,
et vote en son âme et conscience et milite à sa manière,
mais les réflexions collectives et socialement mixtes (devs / non devs) autour de SPIP
sont extrêmement rares.
Sur cette liste, elles se cantonnent le plus souvent à des questions techniques,
en dehors d'éphémères bouffées de débat.
spip-dev est d'ailleurs moins investie depuis quelques temps.
Les développeurs ont leur liste : "spip-team".
C'est un organe assez secret puisque sa composition n'est pas publique,
ni même à vrai dire son existence :
seul en est public un email pour la collecte des failles de sécurité.

C'est un réflexe humain et compréhensible de se retrouver entre personnes
du même milieu pour travailler sur un projet commun,
mais en l'occurence, ça n'aide pas à l'ouverture
et à la vocation de SPIP à servir le web indépendant.

Se pose donc la question : quelle gouvernance pour le projet SPIP ?
Ne devrait elle pas mieux intégrer ceux pour qui SPIP est fait ?
Quelles passerelles entre l'équipe de développement et les usagers destinataires ?
(Ou : "Quelle API entre la philosophie et le code ?")

Peut être les développeurs, à ce contact, retrouveraient ils le "sens du projet" ?

Jluc avait aussi écrit :

Oui comme une coopérative de consommateurs.

Les devs ont pour avancer une force : ils trouvent à financer leurs travaux.
En l'absence d'une gouvernance mixte, participative, ouverte,
ou simplement de discussions approfondies sur les visions et les stratégies,
les priorités et les besoins, les acteurs indépendants sont isolés.

Peut être ils ne s'expriment pas toujours comme il faut techniquement,
leurs demandes sont parfois rejetées car non techniquement pertinentes,
et ils peuvent avoir l'impression de déranger parfois.

Les alternatifs et les indépendants peuvent financer un développement bien sur,
ils le font parfois, mais c'est un filtre évidemment, encore une fois.
Et de plus, comme Jean Pierre l'écrivait pour lui,
tous les indépendants ne sont pas des pros, et même si ils sont pros,
il n'en ont pas nécessairement les moyens car tous les pro ne sont pas égaux devant l'EUR !
On en sort pas : "Avancer par le financement" favorise des outils inscrits dans le marché.

En plus de mieux et plus communiquer avec les devs de spip,
les destinataires de SPIP gagneraient donc aussi à s'associer
pour devenir meilleurs forces de proposition et parvenir à faire coder une fonctionnalité
soit en lui donnant un sens manifeste, soit en rassemblant les finances pour.
Ce serait ainsi une forme de coopérative de consommateur.

Cela peut prendre plusieurs formes :

- plus de discussions stratégiques, de manière non uniquement technique,
dans les espaces spips, avec un suivi et du respect
Des débats et murissage d'idées et projets concrets.
Elaboration collaborative de cahier des charges.
Sur cette liste ou une autre, avec éventuellement un site dédié
Ou lors de rencontres IRL dans la vraie vie.

- l'usage d'un site internet pour le financements solidaires
(comme http://www.touscoprod.com/ pour le financement de films)
Site existant ou site spip dédié.

Eventuellement, création d'une association pour la collecte de fonds
et le financement de projets, pour autant que ça soit utile à un moment.

On peut même imaginer que cette association salarie un développeur permanent.

JLuc

Sauf que : qui décide qui est un "destinataire" légitime ?

SPIP est utilisé par des collectifs de gauchistes, par des sites institutionnels (mairie, musée, .gouv, etc), par des boutiques, par des identitaires, par des gens du FN, etc. Par n'importe qui.

Donc si "les utilisateurs" de SPIP participent à la gouvernance, c'est tous ceux-là aussi.

Et si c'est seulement une partie, qui décide qui a le droit de participer à la gouvernance et aux "choix stratégiques" ?

Imaginons (pure spéculation) qu'on fasse des stats sur les types d'utilisateur et qu'on s'aperçoive que de nos jours, après 10 ans d'existence, la majorité des utilisateurs au quotidien de SPIP ne sont plus des gauchistes mais des entreprises, des collectivités ou des groupes politiques différents : qui fait vivre le projet concrètement alors ?

Je n'ai pas d'avis précis, mais la cooptation en cours actuellement reste peut-être encore le plus simple pour s'assurer d'une cohérence entre les participants au cœur du projet.